Décoder l’information : comment décrypter les fake news ? 1ère partie

Le 23 octobre dernier, j’ai eu le plaisir d’assister à l’évènement « Venez décrypter le Fake » avec Caroline Faillet, en collaboration avec Marc O. Ezrati pour découvrir leur nouvel ouvrage (dans les locaux de La Fabrique) et échanger sur le thème des Fake News (et leurs impacts dans notre société tant d’un point de vue économique que social). Un évènement riche d’enseignements que j’ai, du fait de sa longueur (1h30 de vidéo environ), scindé en plusieurs parties. En effet, les références sont nombreuses. A moins d’écrire moi-même un livre sur le sujet, j’ai donc fait ce choix éditorial.

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Parlons Fake news…

La fake news la plus connue, vous vous en douterez est celle concernant l’existence du père Noël (ou de la petite souris). Ce qui tend à démontrer qu’il est beaucoup plus facile de prouver quelque chose qui existe mais beaucoup plus difficile de prouver que quelque chose n’existe pas. C’est bien le problème des fake news justement… Le père Noël est bien une preuve, s’il en faut, que la désinformation, les rumeurs, les légendes ont toujours existé.

On les appelait mythes, hoax, canulars… Aujourd’hui c’est ce que l’on appelle les fake news. Pourquoi ce nouveau nom ? Parce qu’il prend plus d’importance que jamais (surtout en période électorale), c’est un nouveau fléau, ennemi public digital numéro un  : la Désinformtion Assistée par Ordinateur (DAO).

Fake News Usual Suspect

Trois coupables, en tout cas 3 suspects : les fabriques de l’intox, les réseaux sociaux et l’ignorance des masses. Ils contribuent à ce phénomène de Fake news.

Reprenons ces différents suspects…

Les fabriques de l’intoxication d’abord qu’on accuse de diffuser des contenus douteux. Plusieurs catégories :

Pour ce premier suspect qu’est la fabrique de l’info, le procureur réclame une régulation du marché de l’information. Les politiques réclament ainsi une loi pour interdire les Fake news en période électorale et enfin certains médias demandent une labellisation de l’information (pour savoir si une source est légitime ou pas). C’est la démarche du Decodex.

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Le deuxième suspect, les réseaux sociaux, est accusé de fournir un outil de propagation massive. En effet, le modèle économique des réseaux sociaux est basé sur l’attention. Ils font tout pour engager, récolter de la Data qui va permettre d’alimenter des algorithmes. Ces algorithmes vont ensuite fournir des contenus qui nous ressemblent, qui nous intéressent. C’est ce fameux problème bulles de filtres informationnelles. Ainsi, à partir de vos recherches, visites, actions sur le net sur Google par exemple, permettent de « dresser » votre profil d’internaute. Contre ce deuxième suspect, cette fois le procureur enjoint les plateformes à trouver des solutions pour endiguer la manipulation des sites. Il leur est demandé de créer une barrière contre l’intox, une forme de transparence des financements des internautes massivement ciblées. Finalement, c’est le même Big Data qui a permit à Obama de gagner les élections.
Pour rester dans la thématique de la manipulation de l’information lors de la dernière campagne présidentielle américaine, je vous invite fortement à visionner ce reportage de de Arte : « Comment Trump a manipulé l’Amérique« 

Le troisième suspect est l’ignorance des masses. Ce sont les profils les moins éduqués et les jeunes qui globalement tombent dans le panneau sur ce type d’intox.
Deux exemples :

 

Une étude sociologique montre également que les profils les plus instruits sont aussi ceux qui tombent dans le panneau. Ce sont les fake news des croyants. Nous sommes tous habités de biais cognitifs (il en existe 150 d’après les psychologues) qui nous font adhérer à certains discours. Parce qu’en étant plus instruits nous sommes rompus à une sorte de relativisme de la vérité et c’est ce qui fait notamment notre défiance contre la science.

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Nous semble par exemple les champions du mode de la défiance en matière vaccination en France.
Nous avons aussi plus de 600 maires qui ont signé un arrêté contre les compteurs Linky qui générerait l’électro sensibilité.

Pour ce suspect (l’ignorance des masses), le procureur réclame une éducation obligatoire aux médias. Soyons clairs : si l’éducation signifie apprendre aux individus à maîtriser l’art de convaincre (la rhétorique), l’art de découvrir la vérité en dialoguant (la dialectique), c’est tout à fait compréhensible. D’autant que cette discipline n’est plus enseignée en France depuis le début du XXème siècle.
Si en revanche, l’éducation aux médias signifie apprendre à vérifier qu’elle est la source d’une information et de voir s’il s’agit d’un grand média, cela renvoie à la question de la source légitime ou illégitime. Ce qui n’est pas forcément une bonne solution car la désinformation est partout.
Elle ne vient pas que des faux médias mais également d’un blogueur, d’un YouTuber, d’un Président des Etats-Unis… L’enjeu serait donc plutôt d’armer le citoyen dans son maniement du langage et donc dans sa capacité à détecter la manipulation.

Nous avons donc 3 suspects qui sont nos coupables idéaux dans le sens où ils répondent à toutes nos questions.

  • Qui sont les émetteurs des fake news ? Les fabriques de l’intox.
  • Qui les propagent ? Les réseaux sociaux.
  • Pourquoi ? Parce que les foules sont ignorantes et irrationnelles.

Mais c’est un peu trop réducteur. De plus, le poison peut être aussi le remède.

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Lorsque les internautes recherchent une information sur Google, lisent l’actualité, la partage, etc. ils vont laisser des traces numériques… Des traces que l’on peut collecter et et qui vont permettre de modéliser son parcours, comprendre la somme des influences qu’il va subir et qui va faire qu’il va signer une pétition contre la vaccination ou qui va penser que la terre est plate.

Pour la première fois dans l’histoire et grâce au numérique, on peut mesurer le poids d’une fake news, son impact dans ce parcours. On peut donc identifier ces points de contact, qui sont autant de points d’entrée pour contrer la désinformation.
Mais une chose est d’identifier les points de contact, une autre en est de disposer des acteurs pour prendre la parole et des contenus pour convaincre. C’est là que le bât blesse.

Le constat est sans appel…

Chaque fois, nous constatons que les acteurs de la connaissance, les experts, les scientifiques mais aussi les dirigeants laissent un boulevard aux émetteurs des fake news. C’est à dire qu’ils laissent inoccupé le terrain de Google, de Wikipedia, des réseaux sociaux, là ou cheminent les internautes, où ils se forgent une opinion.

Conclusion : plutôt qu’un procès en révision contre les plateformes, contre les flux irrationnels, attaquons nous aux vrais coupables, NOUS tous ! Soyons tous des Fact Checkers. 🙂

 

Ma journée sans big data – par Denis Gentile

Souvenez-vous, il y a quelques jours et suite à mon article sur « Ma journée Big Data« , je lançais le défi de tenter de passer une journée entier sans alimenter la bête. Après Abdelhamid, c’est maintenant au tour de Denis Gentile de s’essayer à l’exercice. Je lui laisse donc la parole 😉

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Une journée sans big data ? En lisant l’article d’Isabelle Clément, je me suis immédiatement dit, c’est impossible. 3 secondes plus tard, elle m’envoie un message pour me demander : « Denis, serais-tu prêt à relever le défi ? ».

Pourquoi est-ce que c’est impossible pour moi ? Tout simplement parce que si je décide de passer une journée sans transmettre la moindre donnée, je ne pourrai pas travailler. Pas sûr que mes clients, je suis Content Manager Free-lance, acceptent !

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Du lundi au vendredi, je ne peux pas ne pas utiliser mon iMac, forcément connecté au réseau, mon iPhone et mon iPad. Non seulement, j’ai besoin de mes connexions, mais en plus, je suis un Mac dépendant !

Je publie des articles de blog et des posts sur les réseaux de 6 h du matin à 10 h du soir. C’est tout simplement mon job.

Raison de plus pour laquelle c’est impossible pour moi de faire l’impasse sur tous ces instruments : si tout le monde répondait à l’appel d’Isabelle, alors mon travail ne servirait à rien. C’est comme si un chanteur faisait la promo d’une journée sans musique ! Déontologiquement, je ne peux pas répondre favorablement au défi d’Isabelle.

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Mais si je faisais un effort, par amitié. Alors cela ne pourrait être qu’un jour du week-end. Je n’allume jamais mon ordinateur le samedi et le dimanche. C’est déjà un bon point. En revanche, j’utilise mon iPad, ne serait-ce que pour consulter les résultats des matchs de foot. Pour une fois, je pourrais acheter l’Equipe le lendemain matin. Mon smartphone ? J’utilise très peu la fonction téléphone et pour les applications ou les SMS, j’ai besoin de mes lunettes. Je pourrais donc très bien l’éteindre. La seule chose qui pourrait me manquer : ne pas prendre de photos, car j’avoue que c’est la principale fonction de mon iPhone. Mais bon, une journée sans la moindre photo, c’est pas dramatique.

En revanche, y’a bien un truc plus embêtant. Le week-end, je fais les courses. Et pour faire les courses, j’ai besoin des applications de mon iPhone. Lesquelles ? Une application pour avoir des réductions et Yuka pour contrôler les ingrédients présents dans les produits que j’achète. Avant, je lisais les étiquettes pour vérifier l’éventuelle présence de colorants, de conservateurs ou d’exhausteurs. Maintenant, même avec mes lunettes de vue, je n’arrive plus à tout lire. Et là, Yuka me facilite la vie. Il m’indique clairement s’il y a des additifs dangereux.

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Bon, si je ne vais pas faire les courses, je ferai un resto sympa. Mais je devrais payer en liquide. Pas question d’utiliser la carte de crédit. Evidemment.

Finalement, le défi d’Isabelle n’a rien d’insurmontable. Je vais y arriver. Il suffit voyez vous d’y réfléchir en tapant des mots sur mon clavier. Bien sûr, pas durant ma journée sans big data !

Je suis donc très heureux de vous annoncer que j’ai réussi mon défi. J’ai passé une journée sans big data. Comment s’est-elle passée ? Qu’est-ce que j’ai fait ? C’est bien là le piège !

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Vous ne croyez pas que j’allais transmettre toutes ces données dans un article qui sera publié sur le blog Chronique d’une CM et qui sera partagé sur tous les réseaux des centaines ou des milliers (soyons fous !) de fois 😉 Et, détail non-négligeable, un article qui sera référencé sur Google et les autres moteurs de recherche.

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Alors, je ne vous dirai pas quel jour, ni ce que j’ai fait pendant cette journée. C’est cela qui est impossible. Ce pari, j’ai décidé de le relever vraiment, jusqu’au bout. Bien sûr, un algorithme pourra bien calculer que le jour J où Denis Gentile n’a rien publié sur les réseaux sociaux et n’a envoyé aucun data. C’est apparemment la seule faille de cette journée qui était peut-être ensoleillée, nuageuse, venteuse ou pluvieuse. Qui le sait ? Juste quelques personnes et aucune machine dans le monde ! « Back to Human » ne serait-ce qu’une journée. Merci Isabelle.

Une dernière chose, je n’ai aucune preuve à vous transmettre. C’est juste une question de confiance.

Ma journée sans Big Data – par Abdelhamid Niati

Souvenez-vous, il y a quelques jours et suite à mon article sur « Ma journée Big Data« , je lançais le défi de tenter de passer une journée entier sans alimenter la bête. Après Vincent, c’est maintenant au tour d’Abdelhamid de s’essayer à l’exercice. Je lui laisse donc la parole 😉

Chaque année ce sont ne pas moins de 633 millions de go octets qui ont été collectés depuis le 1er janvier 2018 jusqu’à ce jour.

A une certaine époque, nous remplissions un formulaire et nos données étaient collectées de la sorte.

Aujourd’hui, avec l’explosion du digital et des réseaux sociaux mais également depuis que les clients papillonnent de sites en sites, les données sont devenues le nouvel or noir. Cerner les habitudes et les goûts d’une personne est devenu une tâche très difficile.

Je donne mes données car je l’ai accepté mais je vais tenter de m’extraire du BIG DATA pour une journée seulement. Vais-je y arriver ? Suivez-moi !

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6 heures, mon réveil sonne ou plutôt mon iPhone posé sur ma table de nuit. Je dois le regarder très vite sinon il va m’indiquer le nombre d’heures passées à dormir et mesurer la qualité de mon sommeil.

Une heure plus tard vient le moment de sortir de chez moi et d’aller travailler. Doucement, je réfléchis et me souviens que depuis 2008, le Stif (renommé Ile De France Mobilités depuis) centralise toutes mes données pour améliorer les déplacements des franciliens.

RATP, transport en commun parisien, Nouveaux points de vente libre service de ticketsLe pass Navigo restera donc à la maison. Sans pass Navigo, pas de vélib… Je prends le vélo de mon frère pour la journée. Cycliste occasionnel, cette journée s’annonce pleine de sueur et assez douloureuse tant la distance à parcourir est importante. Pour couronner le tout je dois aller très vite pour arriver à l’heure.

 

Premier coup de pédale et me voilà lancé, je tiens mon rythme et dois composer avec les voitures lancées à vive allure, éviter leur souffle pour ne pas tomber.

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Près de chez moi une pente impressionnante se dresse et le premier défi de la journée est ici. Il faut aller vite pour garder l’équilibre et ne pas tomber. J’arrive au sommet et réduit l’allure pour reprendre mon souffle, le bus passe prêt de moi chargé de personnes confortablement assises et data émises. Arrêté à un feu, les automobilistes ont leur smartphone et GPS intégré qui les guident dans le trafic. J’ai cet avantage sur eux, le trafic n’existe pas sur ce vélo. Un bon point pour le no data. Je poursuis ma route avec un bel élan, très bel élan même et un radar intelligent m’indique ma vitesse. Je viens de perdre le point gagné précédemment. Me voilà arrivé. Je dois badger, sécurité oblige. La question qui me vient à l’esprit est la suivante : les données contenues dans mon badge restent elles dans l’entreprise ? (le prestataire chargé de la sécurité y a directement accès).

Je n’aurai pas la réponse tout de suite. Arrivé dans mon espace de travail, je dois me logguer pour accéder au réseau interne et à internet.  Là encore la même question se pose : ces données restent-elles dans l’entreprise ? (Une petite discussion avec le DSI s’impose). Une fois connecté, la consultation des mails est un de mes rituels matinaux. Lecture rapide puis sélection des mails importants. Je fais ensuite un petit tour dans mon Evernote car organisé il faut être quand on gère une partie du marketing. Vous avez bien lu Marketing.

Qui dit Marketing dit réseaux sociaux, dit digital. Le problème aujourd’hui est de passer une journée sans data. Je dois en fournir le moins possible et les CM vont faire l’essentiel.

Je recueille le travail des community managers et regarde l’ensemble du travail exécuté depuis hier, trafic du site web inclus. Le tout sans me connecter car je leur demande de me faire parvenir les données par mail prétextant un problème réseau (qui ne toucherait que ma personne AKA Pinocchio). Regardons ça de plus près, les KPI’s sont bons, les efforts portent leurs fruits mais comment faire pour tout suivre en temps réel quand on est perfectionniste et que notre travail est notre passion ?

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J’invente un autre stratagème en demandant un reporting toutes les 2 heures. A ce rythme, je devrais tenir une journée.  C’est la personne qui a impulsé toute la transformation digitale de cette entreprise qui l’écrit en plus. Je dois vous avouer que ma demande éveille curiosité et agacement. A ce moment précis, je suis le plus mauvais manager qui existe, celui que je n’ai jamais voulu être, celui que je refuse d’être car réduire des Community Managers à de simples exécutants est très insultant. Je dois esquiver le BIG DATA mais j’ai un cas de conscience. Je me rattraperai de la meilleure des manières qui soit (ma conscience fera de même). Une demi-journée s’écoule de la sorte, avec un management atypique.

Je dois assouvir ma faim et donc acheter un déjeuner digne de ce nom et ingérable rapidement car j’ai un appétit d’ogre mais un temps restreint (un des nombreux paradoxes qui jalonnent mon existence).
Manger suit l’acte d’achat, donc payer, donc laisser une trace de cet achat.

Comment faire moi qui ait fait du zéro papier un dogme ?

nfc cbPas le temps pour les palabres internes, je file au premier distributeur et retire de quoi régler mon repas. Repas fini payé avec des billets, une habitude que je n’ai plus car partisan du tout NFC, et du zéro papier ). En plus d’être partisan du tout NFC, je suis également partisan du tout, ou plutôt quasi tout digital. Cette journée promet d’être longue et de laisser des traces.

Déjeuné expédié, je retourne à ma supervision, et ne dois pas regarder mon téléphone pour y voir toutes les notifications. Le problème est là car ce téléphone est également un de mes outils de travail. Si un client tente de me joindre ou si j’ai un problème dans la famille, comment faire ? J’ai oublié de désactiver les notifications ! Non !!!!!!! Le stress de cette journée m’a trompé, moi l’homme qui prends le temps de tout faire avec soin, un perfectionniste de chez perfectionniste (bref un cauchemar quotidien qui tue le doute à coups d’heures de travail et d’hyper organisation).

La journée va se poursuivre mais me passer de me connecter est en train de me rendre fou car mon iPhone est un peu mon outil préféré. J’y consulte l’activité de mes pages Facebook, des comptes Instagram, y joue aux échecs et rédige dessus une partie de mes articles (FOMO or not FOMO … ?). Je prie pour  ne pas avoir de bad buzz sinon je serais dans l’obligation de sacrifier mes datas pour y mettre fin. Je termine cette journée en décidant de l’écourter et une fois de plus je badge sans savoir où mes données vont. Je dois reprendre ce vélo alors que je rêve de rentrer chez moi en VTC après une telle journée. C’est reparti pour des kilomètres d’asphalte sur 2 roues.

Epuisé, j’arrive enfin chez moi, prends une bouteille d’eau et m’affale sur le canapé, le temps de reprendre mon souffle avant de prendre une bonne douche.

Ai-je échoué, ai-je réussi ? À vous de me le dire…

Ma journée sans Big Data – par Vincent Barberot

Dans la continuité de mon dernier article « Ma journée Big Data » et du défi lancé d’essayer de passer une journée entière sans alimenter aucunement la bête, Vincent Barberot a joué le jeu. Il vous donne sa réponse à la question « est-ce possible ? ». Je lui laisse la parole…

A/ Mythe ou réalité ? De quoi l’on parle ?

Réponse courte : mythe, car je n’ai pas réussi. Une fois que l’on a dit cela, nous n’avons rien dit en fait. Peut-on le définir concrètement ?

L’expression en elle-même est fausse, car la donnée n’a jamais été « big« , ne l’est pas et ne le sera jamais. La donnée est un atome dans le système d’informations de l’entreprise ou dans le Web.

Par contre, ce qui est « big« , c’est l’usage de la donnée, c’est le mode de captation, ce sont les lieux de captation et la liste est « big«  justement.

De ce fait, une journée sans Big Data serait une journée déconnectée (de tout et pas seulement des médias sociaux). J’ai donc fait la liste des objets connectés que j’utilise, elle n’est pas « big«  : ordinateur, smartphone, carte de crédit, carte vitale et compteur Linky.

Je peux supprimer la carte vitale : jamais malade et carte non mise à jour suite au renouvellement de ma mutuelle. Je peux supprimer l’ordinateur, j’ai fait cet été une semaine sans lui. Je peux supprimer aussi la carte de crédit, je n’ai vraiment pas besoin de faire des achats tous les jours, ni de retraits.

Sur les 5 objets, 3 ont déjà été supprimés. Je n’ai pas de montre ou du moins, je n’ai pas remis de pile depuis des années, j’utilise mon smartphone qui me sert de réveil. Je dirai même que c’est sa fonction principale, donc je suis bel et bien connecté toute la journée et toute la nuit avec un simple objet. Ma lumière, donc mon électricité et mon eau chaude, passe par mon compteur Linky donc je ne peux pas le supprimer non plus.

Une journée sans Big Data est donc un mythe face à l’être interconnecté que nous sommes devenu, consciemment ou inconsciemment. L’intérêt est de s’interroger sur ce que l’on veut pour nous : tous au Larzac ? Avec la démission récente du Ministre de l’Ecologie, les différents projets de vie non connectés ont refait surface.


B/ Ma journée « sans bigdata »

La journée « sans Big Data » a autant de sens que la journée de la femme, la journée de la paix, … la liste est longue. Il y a une journée pour tout, ce qui supprime le sens de cette même journée. C’est aussi montrer que le reste du temps, nous n’y pensons pas, donc c’est avouer notre échec. Justement, comme je l’ai précisé dans la partie précédente, une journée « sans Big Data » n’est pas possible. 

En tout cas la mienne, c’est limitée à mon compteur Linky. Pour faire mes courses, j’ai utilisé la monnaie que j’avais tout en utilisant les caisses automatiques. C‘est comme cela que j’ai découvert qu’il y en avait une deuxième sur les six qui acceptait le paiement en espèces, les autres étant dédiées au paiement par carte bancaire. Il se trouve justement que l’intervention humaine a été nécessaire : les pièces passaient mais n’étaient pas déduites du montant dû. Il se trouve que ce jour-là, le montant était le montant exact que j’avais dans mon porte-monnaie.

Au lieu d’être toute la journée devant l’ordinateur, j’ai fait le choix de ranger mon studio, choix que j’avais reporté de nombreuses fois avant cela. C’est là où je me suis rendu compte du parallèle que l’on pouvait faire entre une pièce non rangée et le Big Data : c’est le même problème, on ne s’y retrouve plus. Symbole de tout cela : une vielle montre retrouvée, dont la pile est usée et que je n’avais pas encore changée.

Je suis allé faire un footing, sans montre connectée ou appli sportive, et cela m’a rappelé que le rythme biologique, n’est pas le rythme numérique. En fait le second doit respecter le premier si nous ne voulons pas être en burnout numérique. Le problème du Big Data est que la croissance des données est exponentielle alors que la nôtre est arithmétique. L’économie numérique avec son hyper croissance progresse exponentiellement, l’économie traditionnelle progresse arithmétiquement.

C/ Big Data et dépendance : ma drogue

Une journée sans Big Data, c’est reconnaître une dépendance, tout comme on peut être dépendant de la drogue, du tabac ou de l’alcool. La journée de la Femme, c’est reconnaître qu’on l’oublie tous les autres jours. On ne peut pas faire une journée sans femme, l’homme serait perdu, on voit bien qui dépend de qui. La dépendance du Big Data a pour client l’économie numérique, qui a basé son hypercroissance sur la publicité. Et donc sur les données de l’utilisateur. La gratuité du produit/service entraîne l’utilisateur dans sa dépendance (et le transforme ainsi en fournisseur). L’utilisateur devient donc accro et éprouve de plus en plus le besoin de faire des cures de désintoxication. L’utilisateur devient ainsi dépendant du système qu’il condamne lui-même : la publicité. Comme nous pouvons donc le voir, 1984 est devenu une réalité et ce n’est pas fini : la réalité peut dépasser la fiction.

 

 

D/ Historique du dealer « Big Data »

Le drogué, c’est donc l’économie entière avec dans le rôle du trafiquant, nous-même. La première étape, la financiarisation de l’économie dès 1945 et le nouvel ordre mondial qui s’est créé avec comme symbole Bretton Woods. La seconde étape, la numérisation de l’économie dès les premières années de l’informatique, aux environs de 1985. La troisième étape va bientôt arriver, on peut la fixer à 2025, c’est l’automatisation de l’économie avec l’intelligence artificielle. Je ne suis pas un anti-finance, un anti-informatique ou un anti-intelligence artificielle. 

Le problème ne vient pas de l’outil, il vient de son usage. Surtout que leur développement s’est fait en silo, sans connexion avec le reste de l’économie. Tous les trois se sont développés en captant toutes les données. L’hypercroissance de l’économie numérique assèche le financement de l’économie traditionnelle. C‘est d’autant plus vrai que l’introduction en Bourse est le salut de l’économie numérique et donc accentue la financiarisation au profit de l’économie numérique. L’intelligence artificiellement issue de l’économie numérique va amplifier encore le phénomène, cela va donc donner une auto-interdépendance entre les 3, au détriment de tout le reste.

Quand on greffe un cœur artificiel, c’est pour remplacer le cœur d’origine. Donc l’intelligence artificielle a pour objectif de remplacer notre propre intelligence. Pourquoi ? Elle est malade ? Le Big Data alimente l’intelligence artificielle, car elle doit tout réapprendre pour être efficace. L’intelligence artificielle doit réapprendre de nos trois cerveaux : boîte crânienne (cerveau humain, la pensée), les intestins (cerveau du corps), la Nature (cerveau spirituel, l’esprit).

Quand on parle d’intelligence artificielle, on pense aussi à la « smart city » qui est une ville connectée.En plus des objets connectés qui la composent, les humains connectés y contribuent aussi (grâce à la cybernétique et donc au Big Data, fournisseur officiel de la drogue data). Mais pour quels usages réels dans nos vies hyperconnectées ?

 

Qui est Vincent ?

« Attiré assez tôt par l’entreprise, j’ai fait le choix d’un baccalauréat Sciences Economiques et Sociales pour comprendre le monde, suivi d’une formation commerciale, bien qu‘ayant déjà un intérêt grandissant pour l’informatique, autre moyen de comprendre le monde. Cette approche me permet d’avoir une vision globale et de proposer des solutions tout aussi globales, grâce aux données qui font la synthèse de l’ensemble au niveau macro-économique et micro-économique. »
Retrouvez-le sur LinkedIn

 

Qui sera le(a) prochain(e) à relever le défi de passer une journée entière sans contribuer au Big Data ? 😉

 

De la nécessité des chartes de modération

Au travers de cet article, je souhaite revenir sur un point important de community management : la modération. Si vous êtes un jeune Community Manager, peut-être n’avez-vous jamais entendu parler de la « nétiquette ». Et pour rendre hommage aux célèbres paroles de « La Bohème » de Charles Aznavour : je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… 😁

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Alors, qu’est ce que la nétiquette ? Elle fait son apparition en octobre 1995, par l’intermédiaire de Sally Hambridge (alors collaboratrice chez Intel). Elle visait à établir une norme de bonne conduite sur les premiers médias sociaux : forums, mails, chats et plus généralement Internet. Si l’on devait résumer son contenu en une phrase, on pourrait dire que : « ce que vous ne feriez pas lors d’une conversation réelle face à votre correspondant, ne prenez pas l’Internet comme bouclier pour le faire ». Je vous invite à consulter le document original qui regroupe les différents points qui y sont abordés : https://tools.ietf.org/html/rfc1855.

Pour rappel, voici les principales « règles », que je vais essayer de résumer (à noter que je ne répertorie ici qu’une partie, je vous explique pourquoi au long de mon article 😉):

  • le langage SMS est mal vu ;
  • L’écriture en capitales est considérée comme une parole criée, il est donc préférable d’éviter de l’utiliser.
  • L’écriture de données confidentielles est à éviter, puisque la majorité des moyens d’échanges électroniques peut être sujet à des défaillances ou à des écoutes.
  • On veillera à adapter le contenu de son message en fonction du contexte et de l’interlocuteur. En francophonie, on utilise fréquemment le tutoiement sur les forums, les chats, sans que cela soit considéré comme grossier ou familier. Mais le vouvoiement reste de rigueur pour des correspondances plus formelles.
  • La nétiquette veut que lorsqu’un internaute répond à un message, il ne cite pas la totalité du message original mais uniquement, le cas échéant, les parties spécifiques auxquelles il répond et, si nécessaire, des éléments du contexte avant ou après. Le fait, très répandu, de répondre au-dessus du message et de citer tous les messages est, selon la nétiquette, a éviter. Cette façon de faire est appelée « top-posting ».
  • Un pourriel est un courriel (mail) qui ressemble fort à un spam ou un canular informatique, c’est-à-dire de l’information non vérifiée (on parle aujourd’hui de fake news) et souvent retransmise par des personnes de bonne volonté et parfois crédules, qui demande à être vérifiée. Il existe des sites ( dont HoaxBuster, toujours d’actualité) permettant de vérifier la véracité du contenu de ce genre de courriel. De toute manière, dans le doute, il est de coutume de ne pas transmettre ce genre de contenu à ses connaissances.
  • Que ce soit sur les forums, Usenet ou dans les listes de diffusion (on pourrait parler aujourd’hui des notifications de Facebook et autres réseaux sociaux), en plus des règles liées à l’usage de l’écrit, il est mal vu de poser une question dont la réponse aurait pu être trouvée moyennant une recherche préalable, ou de la poser plusieurs fois à différents endroits. Sur les sujets communs, la plupart des questions ont souvent déjà été posées et les réponses données.
  • Un utilisateur d’Usenet(1) est invité à ne pas participer à un groupe dès qu’il l’a rejoint. Il prend d’abord quelques semaines pour assimiler quelques discussions récentes, repérer les participants réguliers (qui seront sans doute ceux avec qui il faudra le plus souvent vivre), et identifier les questions qui fâchent. En particulier, un risque de poster sans assimiler est de poser une question qui a été le sujet d’un violent débat pendant plusieurs semaines et qui s’est conclu il y a quelques jours. Commettre cette action déclenche souvent un flot de « flames(2) » et engendre une réputation d’intervenant peu sérieux. La personne qui se livre à ce genre d’activités, consciemment ou non, est un troll (personne qui participe à une discussion ou un débat sur un espace social informatisé et suscite ou nourrit une polémique, perturbant l’équilibre de la communauté concernée). Un troll peut être « naïf », ce n’en est pas moins un troll.
  • La politesse sur IRC veut que l’utilisateur ne trolle pas, ne fasse pas de pub et ne perturbe pas le bon fonctionnement du chat. Auquel cas les modérateurs (les ops) se verront dans l’obligation de l’expulser (kick) voire de le bannir. En général les titres des canaux indiquent que tout manquement aux règles se verra suivi d’un bannissement (ban).

Si je devais résumer ici l’intérêt de cette nétiquette, je dirai qu’elle est l’ancêtre des chartes de modération que nous autres modérateurs utilisons généralement pour les communautés (je pense notamment aux pages/groupes Facebook et, de façon plus globale, à l’ensemble des communautés en ligne).

Au même titre que la nétiquette, la charte de modération n’a aucune valeur juridique mais permet de faciliter la gestion d’une communauté. En effet, elle assoit l’ « autorité » de l’administrateur (le plus souvent, le Community Manager) et permet de justifier son action. Je conseille toujours fortement aux entreprises de la mettre en place sur leurs différents espaces. Car qui accepte de faire partie d’une communauté, en accepte tacitement les règles… dont acte.

Sachez également que la charte de modération permet à l’administrateur de protéger sa communauté. On l’oublie trop souvent mais celui-ci doit aussi veiller au respect des membres entre eux. Il sera ainsi amené à arbitrer des situations conflictuelles, apaiser les débats trop houleux, lisser une conversation, recarder le débat, etc.

Elle peut aussi permettre, le cas échéant de réguler une crise (bad buzz) à condition bien sûr de ne pas être dans la censure mais seulement d’appliquer les conditions de la charte. J’ai personnellement vécu cette situation (sacrément riche d’enseignements et formateur) et il est couramment admis que l’on y recoure. Attention cependant et je tiens à attirer votre attention sur ce point, l’objectif n’est pas de « museler » les membres de la communauté mais seulement de faire respecter les règles de bienséance. De plus, cela peut s’avérer risqué de procéder ainsi car cela pourrait avoir un effet « Streisand » et attirer davantage la vindicte populaire (contre productif donc). Enfin et surtout, une censure ne fera qu’inciter les internautes à déplacer le « débat » ailleurs. Retirant par là même tout moyen d’action de l’entreprise/marque. Car s’il est une autre règle d’or, c’est de rester, autant que faire se peut, dans un espace « propriétaire », dont on maîtrise l’environnement.

Petit bonus : pour vous aider dans la rédaction de votre charte de modération, voici quelques exemples concrets de chartes de différentes entreprises :
https://www.scoop.it/t/communitymanagementactus/?&tag=Charte+de+mod%C3%A9ration

 

 

(1) Usenet : Usenet est un système en réseau de forums, inventé en 1979
(2) Flame : Le flaming ou flamebait, anglicisme que l’on peut traduire par « propos inflammatoire », est une pratique consistant à poster des messages délibérément hostiles, insultants et généralement avec l’intention de créer un conflit sur un groupe de discussion (sur Usenet), un forum (sur un site web) ou une liste de diffusion (par courrier électronique). De tels messages sont appelés flames. Une séquence d’échange de flames est connue sous le nom de flame war. Il s’agit généralement d’une « explication » ou « engueulade »entre contributeurs.
Le flaming n’a jamais pour but d’être constructif, d’éclaircir une situation ou de convaincre quelqu’un. La motivation du flaming n’est pas dialectique mais plutôt sociale ou psychologique. Les « flameurs » essayent de s’imposer par la force, l’intimidation, la dissuasion ou la persuasion plutôt que par la discussion.
Le flaming est à distinguer du trolling, qui est l’envoi de messages dans le but de créer une controverse interminable. Les deux produisent souvent le même genre de résultat : une baisse notable du rapport signal-bruit du groupe ou de la liste, souvent motivé par l’intention de détourner l’attention du sujet principal.