Décoder l’information : comment décrypter les fake news ? 1ère partie

Le 23 octobre dernier, j’ai eu le plaisir d’assister à l’évènement « Venez décrypter le Fake » avec Caroline Faillet, en collaboration avec Marc O. Ezrati pour découvrir leur nouvel ouvrage (dans les locaux de La Fabrique) et échanger sur le thème des Fake News (et leurs impacts dans notre société tant d’un point de vue économique que social). Un évènement riche d’enseignements que j’ai, du fait de sa longueur (1h30 de vidéo environ), scindé en plusieurs parties. En effet, les références sont nombreuses. A moins d’écrire moi-même un livre sur le sujet, j’ai donc fait ce choix éditorial.

Décoder-linfo

Parlons Fake news…

La fake news la plus connue, vous vous en douterez est celle concernant l’existence du père Noël (ou de la petite souris). Ce qui tend à démontrer qu’il est beaucoup plus facile de prouver quelque chose qui existe mais beaucoup plus difficile de prouver que quelque chose n’existe pas. C’est bien le problème des fake news justement… Le père Noël est bien une preuve, s’il en faut, que la désinformation, les rumeurs, les légendes ont toujours existé.

On les appelait mythes, hoax, canulars… Aujourd’hui c’est ce que l’on appelle les fake news. Pourquoi ce nouveau nom ? Parce qu’il prend plus d’importance que jamais (surtout en période électorale), c’est un nouveau fléau, ennemi public digital numéro un  : la Désinformtion Assistée par Ordinateur (DAO).

Fake News Usual Suspect

Trois coupables, en tout cas 3 suspects : les fabriques de l’intox, les réseaux sociaux et l’ignorance des masses. Ils contribuent à ce phénomène de Fake news.

Reprenons ces différents suspects…

Les fabriques de l’intoxication d’abord qu’on accuse de diffuser des contenus douteux. Plusieurs catégories :

Pour ce premier suspect qu’est la fabrique de l’info, le procureur réclame une régulation du marché de l’information. Les politiques réclament ainsi une loi pour interdire les Fake news en période électorale et enfin certains médias demandent une labellisation de l’information (pour savoir si une source est légitime ou pas). C’est la démarche du Decodex.

decodex

Le deuxième suspect, les réseaux sociaux, est accusé de fournir un outil de propagation massive. En effet, le modèle économique des réseaux sociaux est basé sur l’attention. Ils font tout pour engager, récolter de la Data qui va permettre d’alimenter des algorithmes. Ces algorithmes vont ensuite fournir des contenus qui nous ressemblent, qui nous intéressent. C’est ce fameux problème bulles de filtres informationnelles. Ainsi, à partir de vos recherches, visites, actions sur le net sur Google par exemple, permettent de « dresser » votre profil d’internaute. Contre ce deuxième suspect, cette fois le procureur enjoint les plateformes à trouver des solutions pour endiguer la manipulation des sites. Il leur est demandé de créer une barrière contre l’intox, une forme de transparence des financements des internautes massivement ciblées. Finalement, c’est le même Big Data qui a permit à Obama de gagner les élections.
Pour rester dans la thématique de la manipulation de l’information lors de la dernière campagne présidentielle américaine, je vous invite fortement à visionner ce reportage de de Arte : « Comment Trump a manipulé l’Amérique« 

Le troisième suspect est l’ignorance des masses. Ce sont les profils les moins éduqués et les jeunes qui globalement tombent dans le panneau sur ce type d’intox.
Deux exemples :

 

Une étude sociologique montre également que les profils les plus instruits sont aussi ceux qui tombent dans le panneau. Ce sont les fake news des croyants. Nous sommes tous habités de biais cognitifs (il en existe 150 d’après les psychologues) qui nous font adhérer à certains discours. Parce qu’en étant plus instruits nous sommes rompus à une sorte de relativisme de la vérité et c’est ce qui fait notamment notre défiance contre la science.

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Nous semble par exemple les champions du mode de la défiance en matière vaccination en France.
Nous avons aussi plus de 600 maires qui ont signé un arrêté contre les compteurs Linky qui générerait l’électro sensibilité.

Pour ce suspect (l’ignorance des masses), le procureur réclame une éducation obligatoire aux médias. Soyons clairs : si l’éducation signifie apprendre aux individus à maîtriser l’art de convaincre (la rhétorique), l’art de découvrir la vérité en dialoguant (la dialectique), c’est tout à fait compréhensible. D’autant que cette discipline n’est plus enseignée en France depuis le début du XXème siècle.
Si en revanche, l’éducation aux médias signifie apprendre à vérifier qu’elle est la source d’une information et de voir s’il s’agit d’un grand média, cela renvoie à la question de la source légitime ou illégitime. Ce qui n’est pas forcément une bonne solution car la désinformation est partout.
Elle ne vient pas que des faux médias mais également d’un blogueur, d’un YouTuber, d’un Président des Etats-Unis… L’enjeu serait donc plutôt d’armer le citoyen dans son maniement du langage et donc dans sa capacité à détecter la manipulation.

Nous avons donc 3 suspects qui sont nos coupables idéaux dans le sens où ils répondent à toutes nos questions.

  • Qui sont les émetteurs des fake news ? Les fabriques de l’intox.
  • Qui les propagent ? Les réseaux sociaux.
  • Pourquoi ? Parce que les foules sont ignorantes et irrationnelles.

Mais c’est un peu trop réducteur. De plus, le poison peut être aussi le remède.

parcours influence

Lorsque les internautes recherchent une information sur Google, lisent l’actualité, la partage, etc. ils vont laisser des traces numériques… Des traces que l’on peut collecter et et qui vont permettre de modéliser son parcours, comprendre la somme des influences qu’il va subir et qui va faire qu’il va signer une pétition contre la vaccination ou qui va penser que la terre est plate.

Pour la première fois dans l’histoire et grâce au numérique, on peut mesurer le poids d’une fake news, son impact dans ce parcours. On peut donc identifier ces points de contact, qui sont autant de points d’entrée pour contrer la désinformation.
Mais une chose est d’identifier les points de contact, une autre en est de disposer des acteurs pour prendre la parole et des contenus pour convaincre. C’est là que le bât blesse.

Le constat est sans appel…

Chaque fois, nous constatons que les acteurs de la connaissance, les experts, les scientifiques mais aussi les dirigeants laissent un boulevard aux émetteurs des fake news. C’est à dire qu’ils laissent inoccupé le terrain de Google, de Wikipedia, des réseaux sociaux, là ou cheminent les internautes, où ils se forgent une opinion.

Conclusion : plutôt qu’un procès en révision contre les plateformes, contre les flux irrationnels, attaquons nous aux vrais coupables, NOUS tous ! Soyons tous des Fact Checkers. 🙂

 

Les 11-13 ans, public clandestin des réseaux sociaux

Instagram pour la visibilité, Snapchat pour échanger discrètement : les très jeunes ados se connectent loin des yeux de leur famille et deviennent des passagers invisibles d’Internet

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Normalement interdits d’accès aux réseaux sociaux, les moins de 13 ans y sont malgré tout très présents, grâce notamment à un accès de plus en plus précoce aux smartphones donnés par leurs parents. Ces utilisateurs invisibles qui n’apparaissent pas dans les statistiques des plateformes sont également devenus une source de perturbation pour les annonceurs qui doivent composer avec un public qu’ils ne cherchent pas à toucher, mais dont les comportements peuvent laisser présager l’avenir des usages.

Officiellement, ils ne sont pas là. En réalité, ils sont accros. Eux, ce sont les 11-13 ans, des jeunes qui légalement n’ont pas le droit d’utiliser les réseaux sociaux mais qui s’affranchissent allègrement de cette règle. Ils le font d’autant plus facilement que ce sont justement leurs parents qui leur offrent leur premier téléphone, souvent à leur entrée en 6e. Et contrairement à une époque bien révolue, il ne s’agit plus d’un Nokia 3210 mais de l’ancien smartphone d’un membre de la famille. Plus rien ne peut alors s’opposer à ce qu’ils accèdent à Facebook, Instagram ou Snapchat.

« Les parents n’ont pas pris conscience de ce phénomène, explique Cyril di Palma, directeur général de l’association Génération numérique. Le digital n’est pas un sujet d’éducation, ils nous répondent d’ailleurs souvent qu’ils n’y connaissent rien et que leurs “enfants savent mieux qu’eux” ». A eux de se forger leurs propres codes.

« La 6e, c’est le moment où on commence à accorder de l’importance à notre image, décrypte Arthur Kannas, cofondateur de l’agence de publicité Heaven, spécialiste du marketing social. Les jeunes vont donner une image d’eux à travers ce qu’ils vont liker et partager sur les réseaux sociaux. Une sorte de “je suis ce que je like” ». Parmi ce qu’ils aiment le plus : les contenus humoristiques, ceux autour du style et les sports extrêmes.

De Skyblog à Instagram. Davantage que Facebook, trop grand public, ce sont Instagram et Snapchat qui sont privilégiés par ces jeunes en quête de tranquillité. Deux endroits où leur vie privée peut être, paradoxalement, davantage respectée. Pas de nom, pas photo de profil, la possibilité de rendre son compte privé, tout est fait pour favoriser la tranquillité voire l’anonymat. « Ils utilisent Instagram pour la visibilité, pour s’exposer et, s’ils se lient d’amitié, donnent ensuite leur compte Snapchat pour s’en servir comme messagerie », ajoute Arthur Kannas. Ici pas de courses aux amis ou aux followers, mais des échanges avec un cercle restreint d’amis. Le publicitaire fait un parallèle qui ne parlera pas à ces « clandestins des réseaux sociaux » : Instagram serait le nouveau Skyblog et Snapchat le nouveau MSN.

Onze ans en arrière, une éternité à l’échelle du numérique. Début 2005, Skyblog compte 1 million d’abonnés ; ce sera dix fois plus, un an plus tard. « La France invente le premier réseau social où s’exposent les ados », se souvient Cyril di Palma. « C’était déjà la course à l’échalotte, à la popularité, au maximum de commentaires ». C’était avant l’émergence de Facebook et de tous ceux qui ont suivi. Les jeunes ont successivement fermé leur profil Skyblog et quitté MSN pour privilégier des plateformes mobile first.

En France, sur 8 millions d’utilisateurs de Snapchat, ils seraient 600 000 à avoir moins de 13 ans, révèle Heaven, soit 7 % des jeunes de moins de 13 ans. Entre 55 % et 60 % des 8-10 ans auraient accès aux réseaux sociaux, estime de son côté Génération numérique. Des chiffres conséquents qui ne sont pas sans poser problème aux annonceurs qui affluent sur ces applications avec l’espoir d’atteindre les millenials.

« D’une part, ils vont avoir dans leurs statistiques des gens qui polluent leurs chiffres et, d’autre part, cela les oblige à davantage de responsabilités dans leurs campagnes. Par exemple en faisant attention à ce qu’ils font dire à des youtubeurs », prévient Arthut Kannas. S’ils ne sont pas ciblés directement, ces jeunes usagers des réseaux sociaux savent déjà très bien s’éviter les intrusions publicitaires. Ainsi, 22 % d’entre eux disent utiliser sciemment un ad-blocker. En ajoutant ceux qui utilisent un ordinateur où les parents ont déjà installé un outil du même type, voici une génération naturellement hermétique à toute forme de publicité.

Parade publicitaire. Pour les annonceurs, il faut donc dès à présent trouver la parade. « Même si on s’est aperçu dans nos groupes de travail avec eux que les enfants ne sont pas dupes, grâce aux filtres qu’ils sponsorisent sur Snapchat, les annonceurs peuvent être davantage perçus comme des créateurs de contenus que de publicité », estime Arthur Kannas.

C’est par le contenu que les marques parviendront à s’agripper à ces réfractaires aux réclames à la papa. L’application Musical.ly pourrait bien incarner une de ces passerelles entre marques et très jeunes consommateurs. Son principe : créer son propre clip sur la chanson d’une de ses stars préférées. Parmi ses 40 millions d’utilisateurs actifs mensuels, probablement beaucoup de moins de 13 ans, ce que préfère ignorer son co-créateur Alex Zhu : « Nous pourrions leur demander leur âge mais ils diraient de toute façon qu’ils ont plus de 13 ans, alors ça ne change rien pour nous. Nous devons juste nous assurer que l’environnement est protégé ». Mais pas protégé de certaines formes de publicité. Son dirigeant espère convaincre les labels de musique de s’associer à la plateforme ou, comme Snapchat, de faire sponsoriser des filtres.

« Cela semble gentillet mais c’est déjà une brèche dans leur vie privée », prévient Cyril di Palma. Qu’à défaut de combler, les parents devront tenter d’encadrer.

Source : http://www.lopinion.fr/edition/economie/11-13-ans-public-clandestin-reseaux-sociaux-116278

La vidéo live (live streaming) en questions

livestreamingPlus que jamais d’actualité, les applications/fonctionnalités de vidéo live sont particulièrement décriées depuis, notamment le suicide en direct d’une jeune fille sur Periscope. Toutefois, l’application n’est pas la seule à être montrée du doigt. Facebook Live, Meerkat, Instagram, SnapChat et YouTube (avec Connect) sont également dans le viseur.

Dérives de la vidéo live

Dérives réseaux sociaux

A titre d’exemples, on peut notamment recenser quelques unes des dérives mises en évidence :

  • En janvier dernier, un prisonnier se filme en direct de sa cellule depuis la prison de Béziers (sans aucun doute un pied de nez à l’administration pénitentiaire) via Periscope
  • En mai, aux Etats-Unis, trois adolescents ont séché les cours pour aller filmer leur relation sexuelle sur Facebook Live
  • En début d’année, une américaine de 18 ans filme et diffuse le viol de son amie sur Periscope
  • En avril, deux jeunes de 15 et 16 ans ont diffusé, toujours sur Periscope, une vidéo dans laquelle ils frappent un passant

Si l’on parle beaucoup de Periscope du fait de son actualité récente, il est aussi bon de rappeler qu’en matière de vidéos (qui ne sont pas forcément en live) cette application n’a pas l’exclusivité. Ainsi SnapChat a également été décrié à l’occasion de vidéos, diffusées en janvier 2001, mettant en scène la maltraitance de personnes âgées par de jeunes stagiaires (précision : il ne s’agit pas là de vidéos en direct mais de vidéos éphémères).

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La rumeur et les médias sociaux

Dans ma série d’articles traitant de la dérive des médias sociaux, j’ai voulu aborder la problématique de la rumeur. J’ai ainsi eu l’opportunité d’interviewer Franck Cognard et Matthieu Aron, journalistes à France Inter et auteurs du livre « Les folles rumeurs », paru aux éditions Stock (mai 2014).

 FRANCK COGNARD ET MATTHIEU ARON

Retour donc sur le phénomène de la rumeur…

 

Isabelle Clément :
« Comment naît la rumeur » ?

Franck Cognard/Matthieu Aron :
 » Le sexe, l’argent, la santé, la peur de l’étranger, le complot sont bien souvent à l’origine de la plupart des rumeurs.

Rumeurs que l’on peut classer en deux grandes catégories :

  • Les rumeurs de « bonne foi »
  • Les rumeurs avec intention de nuire

La rumeur de « bonne foi » est diffusée par des gens bien intentionnés qui croient en la véracité de l’information et ont le sentiment de bien agir, d’accomplir un geste juste (citoyen). C’est particulièrement vrai lorsqu’il s’agit du domaine de l’intime.
Le mécanisme de la « bonne foi » est très vieux et est un facteur important de propagation de la rumeur.

La rumeur malveillante peut elle être classée en deux sous-catégories :

  • pour faire rire, en signe de contestation : pour l’illustrer, nous retiendrons l’exemple de « Seb la Frite » qui a fait mourir Rihanna en quelques heures en août 2012 et dont l’information s’est propagée dans le monde entier en quelques heures à peine. On notera que les auteurs de ce type de « buzz » sont souvent des adolescents ou jeunes adultes en mal de reconnaissance.
  • avec intention de nuire, une forme de rumeur qui pourrait également être assimilée à une tentative de manipulation (notamment en matière de politique, d’économie). L’information étant « croustillante », on la colporte d’autant plus facilement, à l’exemple de la rumeur lancée sur le fils de Christiane Taubira.

Essentiellement orale, la rumeur laissait jadis libre cours à l’interprétation de chacun (marqueur important). L’existence des médias sociaux est un facteur d’amplification avec un autre effet pervers : l’information étant désormais écrite, elle devient crédible. On ne se fie plus seulement à son cercle intime (amis, famille) mais à l’ensemble de ses relations (*nous ne reviendrons pas sur terme galvaudé d' »amis » sur Facebook notamment).
Ainsi, ce n’est plus l’identité même de l’initiateur de la rumeur qui vaut foi mais le nombre d’individus qui relaient l’information.

Avant l’explosion des réseaux sociaux, seules les informations émanant des organismes de presse étaient considérés comme véridiques. Nous sommes maintenant à une époque de « confusion » car il n’y a plus désormais de différenciation entre les émetteurs professionnels (journalistes) et les émetteurs particuliers. Il devient alors difficile de distinguer le vrai du faux au premier abord ».

 

Isabelle Clément :
« Quelles sont les cibles les plus fréquentes ?

Franck Cognard/Matthieu Aron :
« La réponse est aussi simple qu’effrayante : dès lors que l’on est différent de la norme (de par sa religion, sa sexualité, son appartenance à un « groupe »), on devient une cible potentielle (phénomène de stigmatisation).
Celui qui va sortir du cadre commun va susciter l’envie, la jalousie voire la peur. Comment peut-on dès lors « casser » cette personne ? C’est ainsi qu’en septembre 2013, un jeune homme blanc a été soupçonné d’enlèvement et de trafic d’organes sur des enfants et finalement lynché par la population de Madagascar ».
A noter que cette menace concerne tout aussi bien des individus « tout en haut » ou « tout en bas » de l’échelle sociale ».

 

Isabelle Clément :
« Quand la rumeur devient-elle incontrôlable ? »

Franck Cognard/Matthieu Aron :
« On peut contrôler la rumeur à partir du moment où l’on peut la contredire (apport de preuve). Ainsi, plus la rumeur est précise, plus on peut la contrôler. A contrario, plus elle est vague et moins on a de prise, la rumeur devient alors beaucoup plus virale.
Signalons néanmoins que, devant des arguments rationnels, l’irrationnel peut parfois l’emporter.

Il sera également plus facile pour une grosse entreprise d’intervenir face à la rumeur, grâce à la mise en place d’une cellule de veille (comprenant généralement plusieurs niveaux d’alerte) : en aspirant, par exemple, le nom de l’entreprise accolé au terme « rumeur ». Evidemment, lorsqu’il s’agit d’un particulier, il est beaucoup plus difficile de se défendre et de prévenir toute menace.

Notons enfin que, dès qu’il y a volonté de nuire, il y a souvent orchestration de la rumeur, les gens devenant particulièrement agressifs.
De plus, on constate que plus la victime de rumeur est une personne de « pouvoir », plus elle sera sensible à la rumeur. Et paradoxalement, plus elle essaiera de démentir l’information, plus elle sera soupçonnée d’user de son « réseau » pour se défendre. Devenant de fait…peu crédible ».

 

Isabelle Clément :
« Quels sont les facteurs d’amplification d’une rumeur ? »

Franck Cognard/Matthieu Aron :
« Dans certains cas, le démenti est à lui seul un facteur d’amplification « effet Streisand ». Mais la principale menace reste le « non-droit » à l’oubli, ainsi tout écrit sur internet peut remonter à la surface à n’importe quel moment (rien ne s’efface, dans la durée, il reste toujours une menace).

Les phénomènes naturels (tremblements de terre, tsunami…) de par les traumatismes qu’ils créent sont aussi des vecteurs de rumeurs.

Enfin, à titre plus personnel, plus un individu sera touché dans ses croyances, son intimité, plus il sera à même de propager la rumeur ».

 

Isabelle Clément :
« Comment réagir face à la rumeur ? »

Franck Cognard/Matthieu Aron :
« Face  à la rumeur, le démenti peut être un facteur de propagation. Ainsi, la maire de Niort s’est tue pendant deux ans face à la « rumeur du 93« , jusqu’à ce que cela touche les écoles, les fonctionnaires.
« De manière générale, il conviendra de ne pas donner davantage de poids que nécessaire à la rumeur et donc de ne pas intervenir. Cependant, lorsque le seuil de tolérance est atteint et les conséquences prennent trop d’ampleur, il conviendra de prendre les mesures adaptées.

 

Isabelle Clément :
« Peut-on facilement remonter la source de la rumeur ? »

Franck Cognard/Matthieu Aron :
« De nos jours, il est heureusement facile de remonter la source d’une rumeur.
A titre d’illustration, si vous tapez l’expression « fils Taubira » sur Google Trends, vous récupérez ainsi la période de diffusion de l’information sur internet :

Fils Taubira

Il ne sera pas forcément possible d’arriver au « Patient 0 » mais tout du moins de remonter à une source « historique » ».

 

Isabelle Clément :
« Comment se prémunir d’une rumeur ? »

Franck Cognard/Matthieu Aron :
« A l’heure des médias sociaux, il devient malheureusement impossible de se prémunir d’une rumeur. Dans l’absolu, n’importe quel individu est une victime potentielle.

Il est également des secteurs, comme à la Bourse, où l’information est traitée par des robots. Il n’y a donc plus de distinction entre ce qui est véridique et ce qui ne l’est pas.
Pierre Lazareff alors chez France Soir, se trouvant un jour contraint de publier un démenti, prononça alors la célèbre sentence :« Une information et un démenti, cela fait deux informations »« .

 

Isabelle Clément :
« Peut-on sortir indemne d’une rumeur ? » 

Franck Cognard/Matthieu Aron :
« Quelle que soit la rumeur, il est impossible d’en sortir indemne, cela marque toujours. De plus, les réseaux sociaux rendent les faits inoubliables et les rumeurs sont susceptibles de « remonter à la surface » à n’importe quel moment.

Lorsque l’on a été victime de rumeur(s), on devient plus fragile, plus méfiant voire paranoïaque. Selon la sensibilité de chacun ».

 

Isabelle Clément :
« Légendes urbaines, hoax, fails, canulars, rumeurs… quelles différences ? »

Franck Cognard/Matthieu Aron :
« Quel que soit le terme employé, il s’agit d’un même phénomène de rumeurs seules les terminologies sont différentes. Il serait toutefois possible de faire une différenciation entre rumeur et conspiration. On pourra ici citer l’opération « Bleuite », rumeur assassine orchestrée par les services secrets pour décapiter le FLN pendant la guerre d’Algérie (incluant la mort de 7 à 8 000 personnes).

 

Isabelle Clément :
« Faut-il se méfier de certaines sources d’informations ? »

 Franck Cognard/Matthieu Aron :
« Devant la multiplicité des médias, il est difficile d’en extraire une liste exhaustive.
Il faudra se méfier en priorité des sites vivant de la rumeur et de l’actu « people » mais également des sites parodiques spécialisés dans la propagation des rumeurs ».

 

En conclusion… des raisons d’espérer…

« A l’avenir, nous pouvons espérer que si internet est un vecteur important de rumeurs, il peut également permettre de les démonter. Il conviendra donc de mettre en place des actions de sensibilisation à destination de tous.

Face à cette problématique, plusieurs initiatives voient le jour, notamment :

  • Axa et la gendarmerie française ont créé le « permis Internet » pour sensibiliser les plus jeunes aux risques numériques
  • Plusieurs villes européennes dont Barcelone, ont mis en place des campagnes d’affichages de sensibilisation
  • Le projet européen Pheme visant à démonter les rumeurs sur Internet ».

 

* : notes de l’auteur