Décoder l’information : comment décrypter les fake news ? 2ème partie

A l’occasion de la sortie du livre de Caroline Faillet en collaboration avec Marc O. Ezrati, j’ai eu le plaisir d’assister à l’événement « Tous Fact Checkeurs », le 28 octobre 2018. Un livre que je vous conseille fortement car il est plein d’informations sur les différentes sortes de fake news dans plusieurs domaines : que ce soit dans le journalisme, la politique, la science ainsi que les moyens utilisés pour contribuer à la lutte contre la désinformation.

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Si vous ne l’avez pas lu précédemment, je vous invite à lire ou à relire la première partie de cet article consacré au sujet : « Décoder l’information : comment décrypter les fake news ? »

Marc O. Ezrati, est journaliste depuis trente ans (1989). Les éditions Studyrama lui ont demandé d’avoir une réflexion sur les fake news au titre de sa profession et d’étudier de quelle façon le métier de journaliste pourrait être responsable de la propagation des fausses nouvelles. La vision de Caroline, quant à elle, a été de donner du relief à cette thématique des fake news.

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Au travers d’une anecdote personnelle, Marc nous conte l’importance, au début de sa carrière de vérifier l’information (pour des raisons de compréhension, je distinguerai « vérifier l’information » de « fact checking » puisque ces termes, qui ont l’air de décrire une même action,  ne sont pas de la même « période journalistique » et pas tout à fait les mêmes méthodes).
Lorsqu’il a commencé sa carrière donc, et en raison du prix des télécommunications, consigne lui était donnée de s’assurer de la véracité d’une information avant de la transmettre. Ce que l’on appelle le principe de précaution.

La question du journalisme et de son évolution à l’ère des réseaux sociaux, confronte l’image de la presse « à l’ancienne » où l’on se fiait à la parole des journalistes car identifiés étaient « experts » de l’information. Ainsi, les écoles de journalisme ont mis du temps pour s’adapter dans le cadre du risque de la fausse nouvelle.

Dans sa carrière de journaliste, Harold Hyman, vérificateur d’informations pendant quelques années, notamment au Reader’s Digest, constate des différences notoires par rapport au fact cheking actuel. Chaque élément d’information étant alors complètement désossé afin de se prémunir contre toute attaque éventuelle (surtout à la demande du service juridique d’ailleurs). Ce qui permettait d’ailleurs, de démasquer rapidement une fausse nouvelle :

Les nouvelles méthodes de fact checking ont dû s’adapter aux nouvelles techniques de fake news : photos réutilisées dans un autre contexte, vidéo truquées, photomontages, etc.

A titre d’exemple, la démonstration d’une nouvelle pratique mise en lumière par l’exemple d’une interview de Barak Obama fabriquée de toute pièce grâce au « deep fake » :

Pour Marc, les futurs journalistes ont une certaine vision du journalisme qui a évolué : ils souhaitent d’abord raconter une histoire sans pour autant avoir envie de changer le monde. Ils sont plutôt séduits par les nouvelles formes de narrations et de médias (vidéos, sites web, blogs, reportages, etc.).

Il est important de préciser aussi que la vérification d’informations correspond à la méthode anglo-saxonne que nous avons décrit précédemment. Le fact checking, lui est plutôt une pratique française. Mais il est des bases qu’il est important de maîtriser pour reconnaître rapidement une fake news : vérifier les photos (repérer les trucages évidents ou dater une photo), qui est l’auteur, etc.

S’il est une source qui fait office de « source sûre » pour les journalistes, c’est la fameuse AFP (Agence France Presse) qui, sauf exceptions (errare humanum est) va permettre de « valider » et diffuser une information véritable. Parfois au détriment de l’actualité « chaude » du terrain.

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Pour revenir à l’origine récente du terme « des fake news », c’est Donald Trump qui a remis ce terme « au goût du jour ». Une façon de décrédibiliser ce qui se dit à son propos et qui ne va pas dans le sens qu’il souhaite… Historiquement, pour lui, la presse n’a qu’une valeur marchande. Tout est question de business. Il y a eu beaucoup de révélations notamment par l’intermédiaire du New York Times (Trump étant New Yorkais). Cette « guerre ouverte » entre le journal et le président des Etats-Unis a toutefois un effet contre productif pour ce dernier car il donne plus d’audience (et donc de ventes) au New York Times.

Outre les diverses sources de prolifération des fake news, le domaine de la santé (60 % des fake news en France !) et plus globalement de la science est particulièrement visé. Faute de prise de parole et de vulgarisation d’experts, d’institutions, bref de « sachants », voguant sur la corde sensible de la « peur ». Ce qui explique la viralité des fausses informations. On citera par exemple les « anti-vaccins » ou les compteurs Linky.

A l’heure des réseaux sociaux, la société souffre d’infobésité et la vitesse de transmission rend la contestation des fausses informations difficile à « faire entendre » et particulièrement difficile à désamorcer. Il y ainsi une crainte des entreprises, qui ne maîtrisent pas bien ces nouvelles mécaniques et modes de communication.

Anne Labbé, alors Chargée de Relations Publiques chez Enedis, nous a ainsi partagé son expérience au moment du lancement de ces fameux compteurs Linky et la manière dont ils ont procédé pour « éteindre le feu » (car les réseaux sociaux et leur « immédiateté » oblige à être très réactif).
Arrivée en plein coeur de la crise, il a fallu essayer d’endiguer le phénomène. Pour ce faire, ils ont dû procéder par étapes :

  • comprendre les mécanismes des fakes à leur sujet (qui diffuse l’information ? Dans quel but ? Pourquoi diffuser cette information auprès d’un certain public particulièrement réceptif ? Quel intérêt vis-à-vis d’une entreprise de service public (Enedis) ?).
  • trouver « au fil de l’eau » les bons mots, les bons arguments, essayer de répondre de façon très rationnelle face à des propos parfois irrationnels.
  • s’adapter aux nouveaux modes de communication (FAQ sur internet, refonte du site web, référencement Google, …)
  • faire appel à des experts qui ne puissent être remis en cause, une voix qui ne puisse être corrompue (comparateurs d’énergie qui vont amenée une information distanciée par rapport à l’entreprise par exemple.

Un travail de longue haleine lorsque l’on sait que le programme est censé durer jusqu’en 2021/2022. Il faudra donc veiller à rester vigilants.

Pour Marc, l’une des solutions pour lutter contre les fake news réside dans l’éducation aux médias et à l’information, aussi bien dans les écoles de journalisme que pour tout individu lamdba. Attention néanmoins car le journaliste se doit d’informer et non de sensibiliser même si le journalisme est devenu plus pédagogique (sujets explicatifs, pratico-pratiques…).

Eric (directeur adjoint de l’Institut Pratique du Journalisme), nous précise d’ailleurs que l’IPJ mène de plus en plus d’actions de sensibilisations notamment dans le milieu scolaire (en partenariat avec France Inter). Sans compter les nombreuses interventions à des tables rondes et plus largement tous les évènements où ils sont invités.
Il est important également de développer un esprit critique quant à l’information, pouvoir comprendre la sémiologie de l’image (quelle est l’intention de la personne qui a pris la photo, que sait-on de la personne qui filme, que filme t-elle…). Toujours selon Eric, il pourrait être utile d’apprendre aux enfants des écoles primaires à comprendre comment est fabriqué un journal, comment une image est diffusée et comment elle est fabriquée dès le plus jeune âge.

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Marc souligne cependant que les seniors représentent un public difficile car ils relaient beaucoup les fake. Ce à quoi Eric répond que c’est avant tout parce qu’ils ne comprennent pas forcément la notion de publication (comprendre que la notion d’identité numérique ne leur est pas familière). C’est typiquement le partage d' »infos » pour distraire ses contacts (famille, amis…), parce que c’est drôle etc.

Soulignons que, jusqu’à la fin des années 90, la presse parodique (dont la France est le berceau et qui remonte au 18ème siècle! ) était payante. Elle n’existe presque plus aujourd’hui sous forme de presse papier (ce qui explique aussi avec la désertification des kiosques). De plus, de nos jours, on a tendance à se méfier de la presse gratuite a contrario de la presse payante jugée de qualité. En matière de consommation d’informations sur les médias traditionnels, les habitudes ont changé : on lit on consulte le journal « classique » de manière ponctuelle (même sur les chaînes d’informations continues, on ne sera attentif que pour une durée donnée). Au même titre que le journal « papier » qu’on ne lit jamais en entier ou au contraire que l’on parcours dans son intégralité mais de manière épisodique. Aujourd’hui on ne parle plus du kiosque à journaux avec sa pile de journaux mais plutôt de kiosque numérique en plus, bien évidemment que la concurrence des réseaux sociaux.

Harold, en parlant des réseaux sociaux, souligne l’évidence d’une fake news sur Facebook et plus encore sur Twitter. Pour cela, il suffit de creuser l’information, vérifier d’où elle vient (source). Aux Etats-Unis, l’information pourra provenir d’un shérif ou d’une radio locale mais ne sera pas pour autant véridique.
Pour ce qui est de la France et sur Facebook particulièrement, il explique que certains « enseignes » (ONG par exemple) vont préférer une page à la création d’un site internet. Si l’on prend le temps de consulter la partie « à propos », il est probable que derrière de grandes phrases et de grandes idées, se cachent en vérité d’obscures renseignements (impossible de savoir qui son les personnes citées comme auteurs, qui les rémunèrent, etc.). Quoiqu’il en soit, en matière d’informations sur les réseaux sociaux, prudence est mère de sureté.

Harold nous rappelle toutefois que les réseaux sociaux peuvent permettre de contourner la censure dans certains pays. C’est ainsi que certains blogueurs ont été les porteurs de la révolution égyptienne et tunisienne principalement. A préciser bien sûr que la France n’est pas concernée et plus globalement l’Europe de l’ouest, n’est pas concerné pour des raisons évidentes. Néanmoins, il faut savoir que le gouvernement français a financé des programmes (via Canal France International) pour apprendre aux égyptiens la manière d’utiliser TOR pour ne pas être repérés par les autorités et à se prévaloir du statut de journaliste.

On parle beaucoup des solutions mises en place par les principaux réseaux sociaux d’initiatives visant à se prévaloir contre les fake news, sont-elles pour autant efficaces ? La question reste posée et fait beaucoup parler…

Pour illustrer cet état de faits, voici quelques articles que je vous invite à lire ou à relire, parmi ma veille récente sur le sujet :

Caroline précise que si en France, Facebook peut être un relais d’information, ce n’est pas le cas dans d’autres pays ou le réseau social est parfois censuré. De même que pour la modération (filtrage) du contenu qui variera d’un pays à l’autre. Ce qui pose le problème de l’accès à l’information.

Bien que ces plateformes (Facebook, Twitter, YouTube…) ait un temps refusé de se définir comme des médias, il leur a vite fallu admettre ce changement de statut (ce ne sont plus seulement des hébergeurs de contenus). Ce qui explique les différentes initiatives qu’elles mettent en place pour détecter et surtout vérifier les fake news (et collaborer ainsi avec les journalistes, ce qui peut paraître paradoxal).

De plus, Marc précise qu’au vu de l’importance toujours grandissante des fake news, heureusement, de plus en plus d’outils de fact checking sont mis en place.

Caroline distingue principalement 2 sortes de fact checking :

  • celui de tout un chacun : il est nécessaire d’avoir un certain recul quant aux informations que vous lisez, notamment via les réseaux sociaux, quitte à être sceptiques en attendant de vous assurer de sa véracité. De même, si un « ami » vous transmet un « scoop », observez attentivement le contexte de l’information. N’oubliez pas que nous sommes à l’heure de l’infobésité et que certains cherchent leur 15 « secondes de gloire ».
  • celui des acteurs de la connaissance (experts) : ils ont pour rôle d’expliciter et de rendre abordables certains sujets qui pourraient paraître obscurs pour les néophytes que nous sommes. Sujets scientifiques, par exemple.

Pour résumer cette deuxième partie d’article sur les fake news, il apparait que nous sommes les principaux responsables de la propagation des fausses informations pour les raisons détaillées plus haut. Il appartient à tous d’être vigilants, que ce soit les journalistes, les réseaux sociaux, les institutions mais également les citoyens. Prenons soin de garder un devoir de réserve face à toute information en attendant, soit qu’elle soit vérifiée par des instances compétentes, soit en nous assurant nous-même de la véracité des sources. Une loi contre les fake news permettra t-elle réellement de lutter contre la fausse information ? Pas sûr tant les moyens de propagations sont rapides et viennent de toutes parts.

La rumeur et les médias sociaux

Dans ma série d’articles traitant de la dérive des médias sociaux, j’ai voulu aborder la problématique de la rumeur. J’ai ainsi eu l’opportunité d’interviewer Franck Cognard et Matthieu Aron, journalistes à France Inter et auteurs du livre « Les folles rumeurs », paru aux éditions Stock (mai 2014).

 FRANCK COGNARD ET MATTHIEU ARON

Retour donc sur le phénomène de la rumeur…

 

Isabelle Clément :
« Comment naît la rumeur » ?

Franck Cognard/Matthieu Aron :
 » Le sexe, l’argent, la santé, la peur de l’étranger, le complot sont bien souvent à l’origine de la plupart des rumeurs.

Rumeurs que l’on peut classer en deux grandes catégories :

  • Les rumeurs de « bonne foi »
  • Les rumeurs avec intention de nuire

La rumeur de « bonne foi » est diffusée par des gens bien intentionnés qui croient en la véracité de l’information et ont le sentiment de bien agir, d’accomplir un geste juste (citoyen). C’est particulièrement vrai lorsqu’il s’agit du domaine de l’intime.
Le mécanisme de la « bonne foi » est très vieux et est un facteur important de propagation de la rumeur.

La rumeur malveillante peut elle être classée en deux sous-catégories :

  • pour faire rire, en signe de contestation : pour l’illustrer, nous retiendrons l’exemple de « Seb la Frite » qui a fait mourir Rihanna en quelques heures en août 2012 et dont l’information s’est propagée dans le monde entier en quelques heures à peine. On notera que les auteurs de ce type de « buzz » sont souvent des adolescents ou jeunes adultes en mal de reconnaissance.
  • avec intention de nuire, une forme de rumeur qui pourrait également être assimilée à une tentative de manipulation (notamment en matière de politique, d’économie). L’information étant « croustillante », on la colporte d’autant plus facilement, à l’exemple de la rumeur lancée sur le fils de Christiane Taubira.

Essentiellement orale, la rumeur laissait jadis libre cours à l’interprétation de chacun (marqueur important). L’existence des médias sociaux est un facteur d’amplification avec un autre effet pervers : l’information étant désormais écrite, elle devient crédible. On ne se fie plus seulement à son cercle intime (amis, famille) mais à l’ensemble de ses relations (*nous ne reviendrons pas sur terme galvaudé d' »amis » sur Facebook notamment).
Ainsi, ce n’est plus l’identité même de l’initiateur de la rumeur qui vaut foi mais le nombre d’individus qui relaient l’information.

Avant l’explosion des réseaux sociaux, seules les informations émanant des organismes de presse étaient considérés comme véridiques. Nous sommes maintenant à une époque de « confusion » car il n’y a plus désormais de différenciation entre les émetteurs professionnels (journalistes) et les émetteurs particuliers. Il devient alors difficile de distinguer le vrai du faux au premier abord ».

 

Isabelle Clément :
« Quelles sont les cibles les plus fréquentes ?

Franck Cognard/Matthieu Aron :
« La réponse est aussi simple qu’effrayante : dès lors que l’on est différent de la norme (de par sa religion, sa sexualité, son appartenance à un « groupe »), on devient une cible potentielle (phénomène de stigmatisation).
Celui qui va sortir du cadre commun va susciter l’envie, la jalousie voire la peur. Comment peut-on dès lors « casser » cette personne ? C’est ainsi qu’en septembre 2013, un jeune homme blanc a été soupçonné d’enlèvement et de trafic d’organes sur des enfants et finalement lynché par la population de Madagascar ».
A noter que cette menace concerne tout aussi bien des individus « tout en haut » ou « tout en bas » de l’échelle sociale ».

 

Isabelle Clément :
« Quand la rumeur devient-elle incontrôlable ? »

Franck Cognard/Matthieu Aron :
« On peut contrôler la rumeur à partir du moment où l’on peut la contredire (apport de preuve). Ainsi, plus la rumeur est précise, plus on peut la contrôler. A contrario, plus elle est vague et moins on a de prise, la rumeur devient alors beaucoup plus virale.
Signalons néanmoins que, devant des arguments rationnels, l’irrationnel peut parfois l’emporter.

Il sera également plus facile pour une grosse entreprise d’intervenir face à la rumeur, grâce à la mise en place d’une cellule de veille (comprenant généralement plusieurs niveaux d’alerte) : en aspirant, par exemple, le nom de l’entreprise accolé au terme « rumeur ». Evidemment, lorsqu’il s’agit d’un particulier, il est beaucoup plus difficile de se défendre et de prévenir toute menace.

Notons enfin que, dès qu’il y a volonté de nuire, il y a souvent orchestration de la rumeur, les gens devenant particulièrement agressifs.
De plus, on constate que plus la victime de rumeur est une personne de « pouvoir », plus elle sera sensible à la rumeur. Et paradoxalement, plus elle essaiera de démentir l’information, plus elle sera soupçonnée d’user de son « réseau » pour se défendre. Devenant de fait…peu crédible ».

 

Isabelle Clément :
« Quels sont les facteurs d’amplification d’une rumeur ? »

Franck Cognard/Matthieu Aron :
« Dans certains cas, le démenti est à lui seul un facteur d’amplification « effet Streisand ». Mais la principale menace reste le « non-droit » à l’oubli, ainsi tout écrit sur internet peut remonter à la surface à n’importe quel moment (rien ne s’efface, dans la durée, il reste toujours une menace).

Les phénomènes naturels (tremblements de terre, tsunami…) de par les traumatismes qu’ils créent sont aussi des vecteurs de rumeurs.

Enfin, à titre plus personnel, plus un individu sera touché dans ses croyances, son intimité, plus il sera à même de propager la rumeur ».

 

Isabelle Clément :
« Comment réagir face à la rumeur ? »

Franck Cognard/Matthieu Aron :
« Face  à la rumeur, le démenti peut être un facteur de propagation. Ainsi, la maire de Niort s’est tue pendant deux ans face à la « rumeur du 93« , jusqu’à ce que cela touche les écoles, les fonctionnaires.
« De manière générale, il conviendra de ne pas donner davantage de poids que nécessaire à la rumeur et donc de ne pas intervenir. Cependant, lorsque le seuil de tolérance est atteint et les conséquences prennent trop d’ampleur, il conviendra de prendre les mesures adaptées.

 

Isabelle Clément :
« Peut-on facilement remonter la source de la rumeur ? »

Franck Cognard/Matthieu Aron :
« De nos jours, il est heureusement facile de remonter la source d’une rumeur.
A titre d’illustration, si vous tapez l’expression « fils Taubira » sur Google Trends, vous récupérez ainsi la période de diffusion de l’information sur internet :

Fils Taubira

Il ne sera pas forcément possible d’arriver au « Patient 0 » mais tout du moins de remonter à une source « historique » ».

 

Isabelle Clément :
« Comment se prémunir d’une rumeur ? »

Franck Cognard/Matthieu Aron :
« A l’heure des médias sociaux, il devient malheureusement impossible de se prémunir d’une rumeur. Dans l’absolu, n’importe quel individu est une victime potentielle.

Il est également des secteurs, comme à la Bourse, où l’information est traitée par des robots. Il n’y a donc plus de distinction entre ce qui est véridique et ce qui ne l’est pas.
Pierre Lazareff alors chez France Soir, se trouvant un jour contraint de publier un démenti, prononça alors la célèbre sentence :« Une information et un démenti, cela fait deux informations »« .

 

Isabelle Clément :
« Peut-on sortir indemne d’une rumeur ? » 

Franck Cognard/Matthieu Aron :
« Quelle que soit la rumeur, il est impossible d’en sortir indemne, cela marque toujours. De plus, les réseaux sociaux rendent les faits inoubliables et les rumeurs sont susceptibles de « remonter à la surface » à n’importe quel moment.

Lorsque l’on a été victime de rumeur(s), on devient plus fragile, plus méfiant voire paranoïaque. Selon la sensibilité de chacun ».

 

Isabelle Clément :
« Légendes urbaines, hoax, fails, canulars, rumeurs… quelles différences ? »

Franck Cognard/Matthieu Aron :
« Quel que soit le terme employé, il s’agit d’un même phénomène de rumeurs seules les terminologies sont différentes. Il serait toutefois possible de faire une différenciation entre rumeur et conspiration. On pourra ici citer l’opération « Bleuite », rumeur assassine orchestrée par les services secrets pour décapiter le FLN pendant la guerre d’Algérie (incluant la mort de 7 à 8 000 personnes).

 

Isabelle Clément :
« Faut-il se méfier de certaines sources d’informations ? »

 Franck Cognard/Matthieu Aron :
« Devant la multiplicité des médias, il est difficile d’en extraire une liste exhaustive.
Il faudra se méfier en priorité des sites vivant de la rumeur et de l’actu « people » mais également des sites parodiques spécialisés dans la propagation des rumeurs ».

 

En conclusion… des raisons d’espérer…

« A l’avenir, nous pouvons espérer que si internet est un vecteur important de rumeurs, il peut également permettre de les démonter. Il conviendra donc de mettre en place des actions de sensibilisation à destination de tous.

Face à cette problématique, plusieurs initiatives voient le jour, notamment :

  • Axa et la gendarmerie française ont créé le « permis Internet » pour sensibiliser les plus jeunes aux risques numériques
  • Plusieurs villes européennes dont Barcelone, ont mis en place des campagnes d’affichages de sensibilisation
  • Le projet européen Pheme visant à démonter les rumeurs sur Internet ».

 

* : notes de l’auteur